Les données économiques de Mine Arnaud enfin dévoilées


Les Affaires

Des données secrètes qui remettent en question la viabilité économique du projet de mine d’apatite de Mine Arnaud, à Sept-Îles, ont été dévoilées lundi par la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine (CQMM).

Le promoteur du projet, la société d’État Investissement Québec, a authentifié les données, mais s’est empressé d’ajouter qu’elles n’étaient plus à jour et que Mine Arnaud travaillait à réduire ses coûts de production.

C’est la première fois que la société d’État accepte d’exposer ses calculs sur la viabilité économique du projet minier, après s’être fait accuser de manque de transparence. Et cela survient alors qu’on attend d’un jour à l’autre la divulgation du rapport du Bureau des audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur le projet. Ce rapport effectuera des recommandations au sujet des volets environnemental et social du projet minier.

Préfaisabilité

Les données dévoilées par la CQMM sont celles du rapport de l’étude de préfaisabilité du projet faites par la firme de génie SGS pour Mine Arnaud. Les chiffres datent de juillet 2013 et ils indiquent que pour que le projet soit viable, et donne un taux de rendement minimal de 5%, il faut que Mine Arnaud puisse vendre sa tonne de phosphate à 180,50$ US. Le rapport ajoute que Mine Arnaud s’attend toutefois à obtenir 207,50$ pour sa tonne de phosphate, avec un taux de rendement interne de 9,3% et une période de récupération de l’investissement de 8,8 années.

Or, le 31 décembre dernier, le prix de la roche phosphatée sur le marché spot s’élevait à 100$ US. «Avec un tel prix, le projet Mine Arnaud fera perdre 2 G$ aux Québécois», a commenté Ugo Lapointe, le porte-parole de la coalition.

Investissement Québec est partenaire du projet à 67%, tandis que le producteur de fertilisants Yara International, qui veut acheter le phosphate directement de la mine, non-transformée, est partenaire à 33%. La porte-parole d’Investissement Québec, Chantal Corbeil, a expliqué que la société d’État allait obtenir de Yara plus que 100$ US pour sa tonne de phosphate.

«Le prix de 100$ vaut pour une tonne de roche phosphatée à 32% qui contient des contaminants, comme celles que l’on trouve au Maroc. Mais notre gisement livrera une teneur de 40% qui commande une prime variant entre 20 et 40% et un niveau de pureté plus élevé, donc moins de contaminants, qui commandera une autre prime» explique-t-elle.

Le scénario de 100$ US n’est pas correct, conclut-elle. Combien Mine Arnaud obtiendra-t-il pour sa phosphate, alors? La réponse restera à être négociée avec Yara et demeurera secrète.

Toutefois, Chantal Corbeil assure que le prix plancher de 120 $ la tonne mentionné à l’automne dernier par le directeur de Mine Arnaud, François Biron, sera diminué. Le prix plancher correspond au coût avec zéro rendement. Ce prix, précise-t-elle, représente les coûts totaux de production de la mine, y compris les coûts de relocalisation de la population et de dédommagement aux autochtones qui avaient été exclus dans l’étude de pré-faisabilité, mais dont on a depuis produit un estimé.

Mme Corbeil ajoute que ce montant de 120$ US la tonne sera revu dans une future étude de faisabilité et qu’Investissement Québec le rendra public.

Quant aux taux de rendement interne (9,3%), et nombre d’années de récupération de l’investissement (8,8 ans) mentionnés dans l’étude de préfaisabilité, la coalition les juge faibles. «Normalement, il faut que les projets aient un taux de rendement d’au moins 15% et qu’on puisse récupérer la mise à l’intérieur de 4 ans pour intéresser les investisseurs», affirme Ugo Lapointe, reprenant ce que bien des minières ont fait valoir l’an dernier lors du débat sur les redevances.

Mais à ce sujet, la porte-parole d’Investissement Québec signale que le pourcentage de 9,3% est assez élevé pour de l’apatite et pour un projet qui aura une durée de vie de 28 ans et créera plus de 300 emplois. «Ce n’est pas le marché de l’or, où l’investissement est plus risqué et la durée de vie plus courte» mentionne-t-elle. «Investissement Québec n’exige pas des taux de rendements de 15% si les projets sont structurants et créent des emplois», fait-elle valoir.

L’économiste Robert Laplante, directeur de l’Institut de recherche en économie contemporaine, se réjouit du fait qu’Investissement Québec ait levé un coin de voile dans ce dossier. «II est important pour le débat public que le promoteur du projet puisse fournir ces données et les mettre en contexte. Il faut que la population puisse avoir toutes les informations nécessaires et authentifiées de façon à faire une véritable analyse du projet, dénuée d’idéologie. Sinon, on donne prise à l’indiscipline dans le débat public.»

 

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