Le projet de Mine Arnaud sera-t-il rentable ?


Les Affaires

Par Suzanne Dansereau

Alors que les conditions de marché changent dans l’industrie mondiale des fertilisants et que le partenaire privé délaisse son expansion en Saskatchewan, un doute plane sur la faisabilité du projet de mine d’apatite d’Investissement Québec à Sept-Îles, projet qui fait actuellement l’objet d’audiences publiques.

Et le doute subsistera, car Investissement Québec et son partenaire – le géant norvégien Yara International – refusent de rendre publique l’étude de faisabilité du projet. «Nous ne sommes pas inscrits en Bourse et n’avons donc pas l’obligation de divulguer ces données», dit François Biron, qui dirige Mine Arnaud, la coentreprise créée par Investissement Québec et Yara International.

Au sommet du boom minier, le prix du phosphate (l’apatite est constituée de phosphate) a atteint 450 $ US la tonne. Aujourd’hui, en fonction de la qualité, il varie de 150 à 250 $ US.

Quel est le prix de base ?

Or, on ne sait pas sur quel prix la Mine Arnaud s’est fondée pour produire son étude de faisabilité, qui a d’ailleurs été révisée en juin. Un projet semblable dans la région voisine du Saguenay – Lac-Saint-Jean (projet du lac Paul) utilise le prix de 200 $ US la tonne dans son étude de préfaisabilité, et fixe son taux de rendement interne à 18 % après impôts. Le projet du lac Paul est toutefois plus important sur le plan du tonnage. De plus, il ne peut verser le même niveau d’indemnités à la population que Mine Arnaud, dont la fosse de 3,5 km à ciel ouvert empiète sur des propriétés résidentielles. À cet égard, Mine Arnaud s’est déjà engagée à dédommager une centaine de propriétaires de maisons et un nombre indéterminé de voisins.

Ce projet d’apatite remonte à plus de 20 ans. Au fil des ans, trois partenaires privés différents s’y sont intéressés. Au départ, la participation du secteur privé s’élevait à 50 % pour l’étape de l’exploration et du développement, mais elle devait augmenter à un minimum de 60 % au moment de la construction, selon les prévisions.

Cependant, Yara a plutôt dilué sa participation à 39 %, au grand dam d’Investissement Québec qui se retrouve avec une participation de 62 %. La société d’État mise maintenant sur une acceptation du projet par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) au plus faible coût possible, dans l’espoir que Yara augmente sa participation.

Les citoyens exigent un référendum

Or, l’acceptation sociale de cette mine à ciel ouvert en milieu urbain est loin d’être acquise, ce qui laisse présager des coûts supplémentaires pour tout promoteur. Plus de 5 000 citoyens ont signé une pétition réclamant un référendum. Les craintes touchent la contamination d’une source d’eau à moins de 1 km de la ville et des impacts toxicologiques négatifs. Une étude de Mine Arnaud mentionne que les normes en ce qui concerne les émissions de poussière seront dépassées.

Il y a quelques semaines, Yara a annoncé son retrait du projet Belle Plaine en Saskatchewan, prétextant un surplus de production mondiale de fertilisants et une hausse des coûts de 20 %.

Cela est-il de mauvais augure pour son investissement au Québec ? Le siège social à Oslo n’a pas répondu à nos questions.

750 M$ Le projet de Mine Arnaud à Sept-Îles est évalué à 750 millions de dollars.

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