L’année des grands déchirements


Le Quotidien (Saguenay, QC), no. Vol. 46 n° 61
Éditorial, mercredi 26 décembre 2018 626 mots, p. 12

 

Denis Bouchard
A lors qu’il n’y a pas si longtemps encore les trois projets GNL Québec, Arianne Phosphate et Métaux BlackRock incarnaient le plus grand rêve du tout Saguenay-Lac-Saint-Jean économique, ils seront, en 2019, le condensé de la lutte que mènent les environnementalistes québécois contre les changements climatiques.

Il y a bien beau y avoir un million de voitures à Montréal et près d’un milliard sur la planète – et les prévisions sont nettement à la hausse à ce chapitre d’ici 2050, notamment à cause de l’Inde et de la Chine -, c’est au Royaume que le bruit des épées se fera entendre.

Parce que dans le discours ambiant au Québec, mu par le Pacte pour la transition, la question du réchauffement climatique a été ramenée à une urgence nationale, ce qui heurte les projets précités et qui représentent le plus gros potentiel d’emplois au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

La question environnementale occupe l’espace public depuis plusieurs décennies et ne mettait pas forcément en opposition développement économique et environnement. Jusqu’ici, il y avait une nette impression que les deux se conjuguaient dans une déclinaison rigoureuse d’évaluation des projets, cas par cas. Cependant, les tenants de la revendication actuelle ont porté le discours beaucoup plus haut en termes d’exigences.

Beaucoup d’observateurs de la région ont vite compris ce qui s’annonce dans les mois à venir. Les trois projets en développement depuis quelques années auront maille à partir avec le discours ambiant.

Pourtant, lors de la campagne électorale qui a culminé, le 1er octobre, avec l’élection de la Coalition avenir Québec (CAQ), les choses n’étaient pas aussi claires qu’en ce moment. En tout cas, si vous vous référez au débat de la Chambre de commerce et d’industrie de Saguenay-Le Fjord, où les grands projets ont été débattus dans une perspective environnementale, les réponses données contrastent avec la volonté de certains.

Les positions des candidats des quatre plus importants partis étaient plus nuancées. Seul Pierre Dostie, parmi Sylvain Gaudreault (PQ), Serge Simard (PLQ) et François Tremblay (CAQ), s’est montré plus tranchant, les remettant tous les trois en question. Même Sylvain Gaudreault, un porte-voix important du PQ en matière d’environnement en ce moment, n’a pas fermé la porte à ces projets, mais a insisté sur l’importance de bien mesurer leurs impacts, de s’assurer qu’ils respectent les évaluations environnementales et qu’ils soient, s’ils sont autorisés, accompagnés de mesures d’atténuation et d’investissement dans la recherche. Tout comme Pierre Dostie, M. Gaudreault a dit préférer encourager l’économie verte à partir d’acquis régionaux. Quant à François Tremblay et à Serge Simard, ils ont défendu le concept de développement durable dans lequel doivent s’inscrire ces trois projets, tout en ayant un préjugé favorable.

Donc, deux mois après ce débat, il est difficile de savoir où le discours se loge. Les choses auraient-elles changé à ce point que ces projets ne sont désormais pas souhaitables ? Le PQ et le PLQ ont été prompts à joindre la Déclaration transpartisane pour la transition socio-économique du Québec en faveur du climat, qui est une initiative citoyenne.

Ladite déclaration table sur l’urgence climatique pour que le gouvernement se saisisse de l’affaire. Évidemment, la CAQ, qui dirige le gouvernement, reste fidèle à ses engagements électoraux, plus économiques qu’autre chose.

Les plus modérés dans le discours actuel clament qu’il ne faut pas opposer développement économique et environnement, et que le Québec doit miser sur des projets d’énergies vertes créateurs d’emplois. C’est bien intéressant, mais où se classent le gazoduc de GNL Québec, l’usine de transformation de Métaux BlackRock à Grande-Anse et Arianne Phosphate, avec l’exploitation d’une mine au nord du Lac-Saint-Jean et un quai sur la rive nord du fjord ?

Les Jeannois et les Saguenéens le verront assez vite en 2019 ; il y a des discours qui devront prendre un bord !

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