Carrefour des lecteurs – Économie propre


Le Progrès week-end (Saguenay, QC), no. Vol. 2 n° 38
Chronique, samedi 29 décembre 2018 693 mots, p. 17
Réaction à l’éditorial de Denis Bouchard paru le 26 décembre, sous le titre « L’année des grands déchirements ».
M. Denis Bouchard,

Dans votre éditorial du 26 décembre dernier, vous remarquez la présence d’un discours d’opposition aux trois grands projets controversés (GNL, Arianne Phosphate et Métaux BlackRock), qui semblait moins répandu lors de la récente campagne électorale, Québec solidaire (QS) étant le seul parti ayant fait campagne en faveur d’alternatives à ceux-ci.

Il est important de distinguer qui sont les porteurs de ces différents discours. Jusqu’à récemment, seule l’élite économique et les élus locaux, tenants d’une ancienne vision de l’économie, se sont fait entendre : celle d’une région colonisée, dépendante des intérêts étrangers, qui n’aspire pas à maîtriser son économie, mais seulement à récolter quelques emplois et redevances, sans se questionner sur la nature et les impacts de leurs activités.

Nous sentions, nous, depuis un certain temps, une autre parole, un autre discours, celui des citoyens, des travailleurs de l’industrie touristique, des riverains, des jeunes ayant soif d’un monde plus juste et respectueux de l’environnement, celui de monsieur et madame Tout-le-Monde inquiets de l’urgence climatique, d’une transition économique radicale à faire maintenant et de l’inaction de nos gouvernements.

Oui, ces industries auraient été accueillies avec enthousiasme il y a 50 ans, mais nous sommes en urgence climatique, dans une région qui aspire à s’affranchir de sa dépendance à l’extractivisme des investisseurs étrangers. Chacun de ces projets polluants a été pensé comme si les bélugas étaient aussi nombreux et sains qu’au siècle dernier et, en plus, aucun de ces projets n’est rentable : Arianne Phosphate cherche des investisseurs depuis plus de six ans et ils ne trouvent rien, car les prix du phosphate sont tombés et le phosphate engrais n’a aucun avenir, nous sommes rendus au phosphate roche.

Et le port multiusage, pensé pour une Arianne Phosphate déjà condamnée et de futures entreprises qui n’existent pas. Le BAPE a écrit que Métaux BlackRock (MBR) ne sera pas rentable s’il gère correctement ses déchets dangereux et paie les pénalités dues à cause de son dépassement des plafonds de gaz à effet de serre (GES). GNL n’a pas trouvé ses clients non plus, sauf au bout du monde, donc encore plus de GES. De toute façon, cette entreprise ne cherche qu’à écouler un surplus de gaz accumulé par la fracturation, ce qui met déjà en danger les nappes phréatiques de l’Ouest, en plus d’être aussi générateur de GES que le charbon qu’il prétend remplacer et que l’énergie propre dépasse déjà en efficacité, incluant en matière de centrale électrique.

Soyons clairs, ici la protection de l’environnement, voire de l’humanité, n’est pas compatible avec certaines activités comme l’écoulement d’un surplus d’hydrocarbures, destiné à d’autres continents, qui devrait rester dans le sous-sol selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), et dont ils pourraient se passer de toute façon. Idem pour le phosphore utilisé en surabondance avec ses effets polluants pour les lacs et rivières.

Toutes ces entreprises vont augmenter de façon spectaculaire les GES. Déjà, nous émettons 17 % des GES du Québec, alors que nous sommes que 3,5 % de la population québécoise. Et notre santé ? Métaux BlackRock et GNL vont nous polluer les poumons, produire des montagnes de déchets très dangereux (pour MBR), GNL va inévitablement avoir des fuites tout au long du gazoduc et de ses installations. Ces deux industries vont produire intensément du bruit par le transport, le concassage, de hautes cheminées qui vont cracher jour et nuit, etc. De plus, on ne parle jamais de l’usine cryogénique de MBR, qui va être construite dans un secteur sujet aux glissements de terrain.

Québec solidaire a donné au gouvernement Legault son plan de transition économique écologique. Oublions ces projets destructeurs du fjord et de la santé et tournons-nous vers des projets qui vont diminuer nos GES.

Nous avons les ressources, le génie, la possibilité de mobiliser du capital et la force collective pour nous donner des projets de développement économique et social propres, utiles à la société et créateurs de richesse à partager. Des projets définis et contrôlés par nous, dans l’intérêt de notre population et de notre région.

Marie Francine Bienvenue Pierre Dostie Québec solidaire

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