Port de Saguenay Ottawa invité à rejeter le projet de nouveau terminal


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ACTUALITÉS, lundi 22 octobre 2018 – 805 mots, p. ACTUALITÉS_13

 

Jean-Thomas Léveillé
La Presse

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Le gouvernement fédéral doit annoncer d’un jour à l’autre s’il autorise la construction d’un nouveau terminal portuaire sur la rive nord du Saguenay. Dans un ultime appel, différents groupes de défense de l’environnement lui demandent de rejeter le projet, inutile à leurs yeux.

La construction d’un nouveau terminal portuaire souhaitée par le Port de Saguenay pour répondre aux besoins de l’éventuelle mine d’apatite d’Arianne Phosphate au lac à Paul n’a aucun sens aux yeux de plusieurs groupes écologistes.

La décision d’Ottawa dans ce dossier est imminente, a confirmé vendredi à La Presse le cabinet de la ministre de l’Environnement et du Changement climatique Catherine McKenna.

« Ce qui nous inquiète particulièrement, c’est l’augmentation du trafic maritime dans le fjord, ce qui va mettre une pression dangereuse sur les bélugas, mais aussi sur toutes les autres espèces marines », a déclaré à La Presse Alice-Anne Simard, directrice générale d’Eau Secours.

L’Administration portuaire du Saguenay estime que la réalisation du projet « multi-usagers » à Sainte-Rose-du-Nord, sur la rive nord de la rivière, pourrait entraîner une augmentation de 60 % du nombre de navires qui circulent sur le Saguenay et donc dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent.

« Au Québec, on a seulement une aire marine protégée et c’est celle-là », s’exclame Mme Simard, ajoutant que cette augmentation générerait « beaucoup de pression anthropique […] alors que ce qu’on devrait faire, c’est de limiter le plus possible la pression anthropique ».

Selon Mme Simard, l’augmentation du trafic maritime générerait « beaucoup de pression anthropique […] alors que ce qu’on devrait faire, c’est de limiter le plus possible la pression anthropique ».

Si l’on tient compte des autres projets actuellement à l’étude dans la région, « le trafic maritime sur le Saguenay va doubler d’ici 2020 et tripler d’ici 2030 », ajoute le directeur général du Conseil régional de l’environnement et du développement durable (CREDD) du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Tommy Tremblay.

Une question d’acceptabilité sociale

Sans s’opposer au projet minier, M. Tremblay affirme que la construction d’un nouveau terminal portuaire n’a « pas l’acceptabilité sociale » requise pour aller de l’avant.

Il rappelle que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) avait estimé dans son rapport, en 2015, que l’acceptation du projet minier devrait être conditionnelle à une étude environnementale québécoise du projet portuaire.

C’est plutôt l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACEE) qui s’est penchée sur la question.

« Le Port de Saguenay veut se soustraire aux règles environnementales québécoises sous prétexte qu’il est sous juridiction fédérale. »

— Alice-Anne Simard, directrice générale d’Eau Secours

L’attachée de presse de la ministre McKenna, Caroline Thériault, a indiqué vendredi à La Presse que l’ACEE avait « invité les Canadiens à fournir leurs commentaires sur les effets potentiels environnementaux du projet, ce qui éclairera la décision ».

Mine incertaine

Les groupes de défense de l’environnement estiment par ailleurs qu’il est absurde de construire un nouveau terminal portuaire pour un projet minier qui est très incertain.

« Arianne Phosphate n’a toujours pas trouvé d’investisseurs pour son projet et il se pourrait bien que la mine ne voie jamais le jour », souligne Alice-Anne Simard.

Le gouvernement du Québec a d’ailleurs émis de sérieuses réserves sur la viabilité du projet lors de l’évaluation fédérale, l’été dernier.

La nécessité même de construire un nouveau terminal portuaire sur la rive nord du Saguenay est également remise en cause par les opposants au projet, qui rappellent que le terminal portuaire existant, situé pratiquement en face, sur la rive sud, est sous-utilisé.

« Le port actuel est utilisé à 20 % ! »

— Tommy Tremblay, du CREDD du Saguenay–Lac-Saint-Jean

Autres scénarios possibles

D’autres scénarios permettraient l’exportation du minerai sans même passer par la rivière Saguenay, notamment l’utilisation de la route 385 pour relier le port de Forestville, sur la Côte-Nord.

Selon les documents déposés par Arianne Phosphate au BAPE, ce scénario offre même un temps et un coût de transport similaires à ceux du terminal portuaire de Sainte-Rose-du-Nord.

Une autre possibilité s’est ajoutée la semaine dernière avec le lancement d’un projet de liaison ferroviaire entre Dolbeau-Mistassini, au Lac-Saint-Jean, et Baie-Comeau, sur la Côte-Nord, qui passerait au sud de la mine projetée par Arianne Phosphate.

Eau Secours estime qu’il serait nettement préférable d’opter pour un scénario qui évite la navigation sur le Saguenay. « Quand on fait des projets qui menacent de contaminer l’eau, on met en péril d’autres types d’activités économiques qui ont besoin d’une eau saine », affirme Mme Simard.

L’Administration portuaire du Saguenay n’a pas donné suite aux appels de La Presse, vendredi.

Il n’a pas non plus été possible de recueillir les commentaires d’Arianne Phosphate, puisque la « seule personne à pouvoir répondre » aux questions de La Presse, le chef des opérations Jean-Sébastien David, n’était « pas disponible », a indiqué une employée dans un courriel.

Cet article est paru dans La Presse+

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