ÉTUDE SUR L’AUGMENTATION DU TRAFIC MARITIME SUR LE FJORD – Le béluga ne serait pas affecté 1


Le Quotidien (Saguenay, QC), no. Vol. 45 n° 17
Actualités, mardi 24 octobre 2017, p. 1,16
Louis Tremblay

La multiplication par trois du trafic maritime sur le Saguenay, qui passerait de 220 navires à 650, aurait un impact minime sur l’environnement acoustique du béluga qui fréquente certaines zones du fjord du Saguenay, selon une étude réalisée par la firme WSP. Cette étude a été réalisée pour le compte de l’Administration portuaire du Saguenay, dans le cadre du projet de desserte maritime pour le projet d’Arianne Phosphate.

«Même en le multipliant par trois par rapport à son niveau actuel, l’environnement acoustique du béluga du Saguenay ne serait pas affecté 95,7 % du temps. Ce scénario, le plus important en augmentation de trafic, a permis d’analyser les effets cumulatifs en supposant une concrétisation de tous les projets potentiels pour toutes les installations portuaires au Saguenay», précise le document déposé à l’Agence canadienne d’évaluation environnementale par l’administration portuaire.

«Ces questions ont été soumises l’hiver dernier par l’agence. Il était alors impossible de se rendre sur le Saguenay pour les prises de données. Nous avons dans un premier temps convenu d’un protocole avec les spécialistes de Pêches et océans Canada afin de nous assurer que les travaux réalisés répondraient aux attentes», insiste le directeur général de l’administration, Carl Laberge.

Les spécialistes ont produit un rapport de pas moins de 60 pages. Ils définissent avec précision les relevés effectués dans les zones à l’étude et reproduisent les différents modèles. Ils en arrivent à la conclusion que les petites baleines blanches seront exposées à des bruits de moteur de bateau pendant 4 % du temps. Il s’agit d’une exposition si le béluga reste fixe dans l’eau et ne se déplace pas, selon Carl Laberge.

«Le béluga n’est pas comme une baleine noire. Il a de fortes chances qu’il se déplace à l’approche d’un bateau. Ce que nos experts avancent, c’est que le béluga est exposé au maximum 4 % du temps si tous les projets se réalisent, mais on ne qualifie pas le bruit ou son effet sur le béluga. On sait toutefois que cette exposition n’est pas mortelle pour le béluga puisqu’il y a déjà des bruits dans l’eau provenant de sources autres que les bateaux», ajoute Carl Laberge.

La construction d’un port pétrolier à Cacouna a été rejetée par le gouvernement du Québec puisque cette zone du fleuve est considérée comme un habitat essentiel pour la petite baleine. Il y a dans le secteur de l’embouchure de la rivière Sainte-Marguerite une zone également considérée comme un habitat essentiel puisque les petits y évoluent avec les adultes.

Carl Laberge explique que nous sommes dans une situation totalement différente. Le projet de construction d’une desserte portuaire sur la rive nord du Saguenay est à l’extérieur de la zone d’habitat essentiel, tout comme les sites des autres ports. Les navires passent au large de la baie Sainte-Marguerite et il y a peu de chance que les capitaines de ces géants des mers tentent de poursuivre ou déranger les baleines blanches. Il y avait toutes sortes d’interprétations sur l’effet du bruit des navires dans le Saguenay. Certains croyaient qu’en raison des grandes structures, le son allait se diffuser d’une façon à causer des dommages ou autres. Nous avons maintenant des informations provenant de relevés réalisés sur place et qui indiquent qu’il n’y a pas de particularité pour le fjord et le bruit des bateaux. Encore une fois, ce ne sont pas des simulations», ajoute Carl Laberge.

Il enchaîne en affirmant qu’il «était important pour l’administration portuaire de documenter les impacts d’une augmentation du trafic sur le bruit subaquatique et de les partager à la communauté. À cet effet, l’étude réalisée est disponible via notre site Internet.»

Les auteurs de l’étude ont réalisé près de 500 heures d’enregistrement à l’aide de quatre hydrophones, permettant de mesurer en direct les oscillations acoustiques des passages de différents types de navires dans quatre secteurs, sur une étendue de près de 100 kilomètres, allant de l’embouchure du Saguenay (zone inférieure) à l’Anse au Sable et Cap-Éternité (zone supérieure).

L’administration portuaire de Saguenay doit poursuivre ses démarches auprès du gouvernement fédéral et de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale. Selon Carl Laberge, le gouvernement fédéral devrait normalement émettre les autorisations pour la construction d’une desserte portuaire sur la rive nord du Saguenay en 2018. Arianne Phosphate compte exporter 3 millions de tonnes métriques de concentré par cette desserte après la mise en production de la mine du lac à Paul.

ltremblay@lequotidien.com


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Un commentaire sur “ÉTUDE SUR L’AUGMENTATION DU TRAFIC MARITIME SUR LE FJORD – Le béluga ne serait pas affecté

  • Répondre
    Josée Vermette Auteur du billet

    Je me permets ici de citer monsieur Philippe Dumont qui critique ce rapport:

    «J’ai lu l’étude de la firme WSP aujourd’hui. Essentiellement, elle tente une estimation du nombre d’heures d’exposition des bélugas aux bruits des grands navires dans le fjord du Saguenay. Pour le scénario des projets cumulés d’ici 2030 lequel triplerait le trafic maritime lourd, l’étude estime l’exposition annuelle à 189 heures. Puis, pour des raisons évidemment intéressées, la firme WSP relativise le résultat dans un ratio entre le nombre d’heures d’exposition sonore et le nombre d’heures totales dans une année. L’apprêtage mathématique donne un résultat dilué : 95,7% du temps, les bélugas dans le Saguenay ne sont pas exposés aux bruits des grands navires. Or, quels sont les effets de ces 189 heures d’exposition sonore? L’étude n’est pas en mesure de le dire. Pourtant, un 5% de temps ne signifie pas nécessairement un 5% d’impacts.
    Pour bien comprendre le sophisme utilisé par la firme WSP, voici une petite allégorie:
    Si je place ma main dans le feu pendant 15 minutes, cela représente une exposition de 1% des 1 440 minutes contenues dans une journée. Il n’en faut cependant pas plus pour calciner ma main jusqu’à l’os. Il serait alors absurde de dire que ma main « n’est pas affectée » puisque durant 99% de la journée elle n’a pas été exposée aux flammes. C’est pourtant par ce raisonnement que la firme WSP se permet d’affirmer que le béluga ne serait pas « affecté » par une augmentation du trafic maritime lourd dans le Saguenay.»

    Voilà!